21/05/2015

Baignade en Languedoc-Roussillon: le plongeon à haut risque

 

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Le geste banal qui fait, chaque été en Languedoc- Roussillon, des dégâts souvent irréparables. Comme la semaine dernière à Frontignan dans l'Hérault, pour un adolescent de 14 ans.  

Le samedi 9 mai en fin d'après-midi,  un adolescent de 14 ans se blesse sérieusement en plongeant dans le port Frontignan plage (Hérault). La zone est peu profonde, il touche violemment le sol. Il sort de l'eau avec une insensibilité des membres inférieurs qui laisse craindre une lésion de la colonne vertébrale. 


 

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Chaque année, aux premiers beaux jours et tout au long de l'été, des gamins bousillent leur vie ou sortent de l'eau avec de grosses frayeurs après avoir plongé en mer, rivière, piscine, dans un lac.

Au Centre neurologique mutualiste Propara à Montpellier, Hélène Rouays, spécialisée en médecine physique et réadaptation, a vu défiler des dizaines de vies ainsi brisées depuis qu'elle est arrivée dans l'établissement, en 1987.

Les accidentés les plus graves atteints arrivent ici, en fauteuil roulant, paraplégiques ou tétraplégiques, pour suivre une rééducation de plusieurs mois qui les ramènera à la vie active. Le médecin se souvient de ce gamin de 16 ans piégé "dans une rivière qu'il connaissait et où il avait ses habitudes". "Il a mis un an et demi pour reprendre sa vie en main. Aujourd'hui, il reprend ses études", témoigne-t-elle.

Il y a aussi ces deux frères qui se jettent dans le Lez à un retour de soirée : l'un n'a rien, l'autre sort de l'eau paralysé après avoir heurté le fond à 50 centimètres. Hélène Rouays n'a pas non plus oublié ces deux amis qui s'amusent dans une piscine, l'un saute alors que l'autre nage sous l'eau : "Le premier n'a rien, le deuxième conduit désormais sa voiture avec son menton."

"Les jeunes ne pensent jamais au danger, ce sont malheureusement des accidents classiques", constate Hélène Rouays, qui regrette le manque de sensibilisation systématique des gamins : "Je pense que c'est utile. Depuis deux ans, j'ai l'impression qu'on fait moins attention. "Elle connaît trop “l'après” pour ne pas le regretter : "On sait que la réinsertion sera difficile." Mais si l'issue est parfois tragique, l'histoire ne finit pas toujours si mal. "Après avoir tourné en rond pendant un an et demi", le plongeur du Lez s'est marié, a un enfant. Il est mobilisé sur un nouveau défi : commercialiser un dossier dynamique adapté aux personnes handicapées.

Pierre, 22 ans, était étudiant en école de commerce, en alternance chez Véolia, lorsque, à la fin d'une "soirée tranquille", en août dernier, à Sète, il apprécie mal sa trajectoire en plongeant dans une piscine à fond progressif. "J'avais l'habitude. Ce coup-là, ce n'est pas passé", commente sobrement le jeune homme, qui sort de l'eau avec "avec une lésion C6, tétraplégique". Un an après, il a partiellement récupéré la mobilité du haut du corps. Début juin, il sortira de Propara. En septembre, il reprend ses études, à l'école de commerce et toujours chez Véolia, là où l'histoire s'est interrompue il y a un an : "Je suis très optimiste de base, et très patient. J'ai bien accepté l'accident, et autour de moi, tout le monde a avancé ensemble. Même sans mes jambes, j'arriverai à faire des choses", commente le jeune homme, philosophe, qui a "gardé sa bonne humeur" : "Ma vie a changé, mais je fais avec. Il y a des choses que je continuerai à faire. D'autres que je ne faisais pas, que je ferai désormais."Et si Pierre devait parler aux adolescents adeptes du plongeon ? "L'accident, ça existe. Il faut toujours faire gaffe."

Article paru sur le site internet de Midi Libre le dimanche 27 mai. 

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