01/10/2017

Handicap, l’espoir des nouvelles technologies

RTEmagicC_27372_futura-sciences-techno_txdam17354_9dd4e4.jpeg

2301484282.2.jpg
podcast

Article du 29/09/17 issu du site La Croix 

Au 16e Salon Autonomic à Rennes (Ille-et-Vilaine), les 28 et 29 septembre, le public découvrira les avancées technologiques à destination des personnes en situation de handicap. Un secteur en pleine révolution !


« Je veux un bras articulé très simple, léger, aisément amovible », expose Nicolas Pousset, 33 ans. Myopathe, il ne peut bouger que son bras droit. Quant au gauche, il a bien une petite idée en tête après avoir vu des prototypes sur Internet. « J’ai pensé à un dispositif qui fonctionnerait avec des roulements à billes et des élastiques », confie-t-il. Le jeune homme a parlé de son projet à My Human Kit (1), un « Fab Lab » basé à Rennes spécialisé dans le handicap.

« Fab Lab » ? Il s’agit d’un atelier collaboratif qui met à disposition gratuitement des imprimantes 3D et des machines à découper au laser : des outils qui, il y a encore quelques années, n’étaient pas disponibles pour le commun des mortels. Le principe : des personnes handicapées soumettent un besoin bien particulier. Et chaque jeudi, les quatre salariés de My Human Kit accueillent des retraités, des étudiants, des chômeurs… venus apporter leurs savoir-faire bénévolement.

Imprimante 3D façonnant une des pièces de son bras articulé

Fan de modélisme, Jean-Pierre Legrand, 69 ans, est un fidèle, tout comme Philippe Pacotte, 53 ans, architecte au chômage, familier du dessin industriel. Leur défi : réaliser des prototypes adaptés à chacun. Ce 21 septembre, Nicolas, satisfait, observe l’imprimante 3D façonnant une des pièces de son bras articulé.

Le modèle de My Human Kit séduit mais ne peut fonctionner qu’à petite échelle, car il ne répond à des demandes qu’au cas par cas. Or, en France, les besoins comme les attentes sont énormes. Viennent s’ajouter à la population souffrant de lourds handicaps physiques et cognitifs quelque 1,3 million de personnes en état de dépendance, tributaires de l’aide d’une tierce personne pour se déplacer, s’habiller, se laver, se nourrir. En 2020, d’après l'Insee, la France devrait en compter 1,5 million, et jusqu’à 2,3 millions en 2060. Il y a donc urgence à trouver des solutions adaptées !

« On a su innover pour soigner les gueules cassées »

« On sait envoyer quelqu’un sur la Lune mais nous restons incapables de trouver des solutions vraiment innovantes pour les personnes ayant des difficultés à se déplacer », constate amèrement Lambert Trénoras, un ingénieur de 28 ans qui planche sur le Gyro-lift, un fauteuil électrique capable de se mettre en position verticale. Lors d’une visite au musée de la Grande Guerre à Meaux (Seine-et-Marne), le jeune homme a été surpris de voir que les fauteuils roulants n’avaient quasiment pas évolué dans leur forme depuis un siècle, hormis les matériaux. Les structures sont en acier ou en carbone et non plus en bois.

Il fut pourtant une époque où la France était leader dans la conception du matériel pour personnes handicapées. « Face aux mutilés de 1914-1918, il a fallu trouver rapidement des solutions. On a su innover pour soigner les gueules cassées, rappelle le Dr Jean-Raphaël Notton, cofondateur du salon Autonomic. Mais notre pays a perdu son savoir-faire dans les années 1970, distancé par les États-Unis confrontés aux soldats revenant du Viêt-nam. Beaucoup d’entreprises du secteur du handicap sont alors passées sous pavillon américain. »

Une floraison d’innovations

Avec le développement de la robotique, des objets connectés, des applications pour smartphone, s’ouvre toutefois un nouveau chapitre. Les nouvelles technologies sont en effet capables de proposer du matériel adapté à toutes sortes de handicaps : non-voyants, amputés, malades d’Alzheimer… Lors des différentes éditions régionales du salon Autonomic, Jean-Raphaël Notton a observé que de plus en plus de start-up françaises investissent dans le secteur. « Ce souffle nouveau est à mettre en lien avec la grande loi du handicap de 2005 », estime Pierre-Antoine Leyrat, chef de projet au Ceremh (2), centre de ressources consacré au handicap et à la mobilité.

« Une des dispositions du texte législatif visait à faciliter l’accessibilité des espaces publics aux personnes handicapées. De quoi inciter chercheurs et ingénieurs à imaginer des solutions performantes », analyse-t-il. Et des innovations high-tech, la France n’en manque pas (lire pages suivantes). Tout récemment, Thibault Duchemin, 26 ans, a été distingué aux États-Unis par le Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour son application mobile Ava destinée aux malentendants (3). Et dans le secret des laboratoires, des scientifiques français mettent au point des prototypes d’exosquelette, ces mécanismes robotisés adaptés aux articulations paralysées.

Obstacles financiers et administratifs

Reste à rejoindre les besoins réels des usagers : « Il faut une dizaine d’années dans notre pays pour voir aboutir un projet, faute de liens directs entre les équipes techniques et les utilisateurs potentiels », regrette Agnès Roby-Brami, chercheuse en robotique à l’Inserm. De quoi exaspérer les associations de personnes handicapées. « Beaucoup d’ingénieurs, pétris de bonnes intentions, conçoivent des objets de haute technologie mais sans consulter le public concerné », dénonce Hervé Delacroix, administrateur de l’Association des paralysés de France (APF). Et de donner l’exemple d’un exosquelette de bras trop lourd à porter pour une personne amputée ! Ou d’applications disponibles sur téléphone mobile, qui s’adressent souvent à un public « branché ». « Face à ces innovations trop sophistiquées, certains se sentent trahis par le progrès », confie-t-il.

De la colère, mais aussi des frustrations selon Philippe Croizon (4), amputé des bras et des jambes après une électrocution et devenu une figure médiatique de la cause handicapée. « Il existe bel et bien des prothèses bénéficiant des dernières technologies pour permettre de courir. J’en ai même présenté au Magazine de la santé sur France 5 ! Mais coûtant entre 20 000 et 25 000 €, elles sont hors de portée financièrement, regrette-t-il. On se retrouve avec des prothèses remboursées par la Sécurité sociale qui sont obsolètes. Certes, elles sont homologuées, mais elles ont dix ans d’âge, voire plus ! » Des obstacles financiers et administratifs qui sont de moins en moins acceptables alors que les innovations liées aux nouvelles technologies ne cessent de se développer.

Estelle Couvercelle pour La Croix
 

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.